Réorienter l’esprit

 



Pendant mon adolescence, avant de fermer les yeux pour dormir à la fin d’une journée frustrante, je mettais souvent pour moi-même un court morceau de musique sur mon lecteur de cassettes. La chanson s’intitulait « The Great Gig in the Sky », interprétée par Pink Floyd, mon groupe préféré. Pour moi, elle exprimait de manière profondément satisfaisante la lutte émotionnelle, la catharsis et l’acceptation.

Après avoir commencé à méditer, j’ai découvert un juste milieu entre l’indulgence aux émotions et leur répression, qui est devenu de plus en plus naturel. Lorsque je suis devenu moine, renoncer à la musique ne m’a pas semblé difficile. Dans une vie consacrée à l’abandon de toutes les formes de désir, y compris celles de l’excitation, de la distraction, et même de l’apaisement émotionnel, cela paraissait une étape évidente. Il m’arrivait parfois d’entendre de la musique lors de mes tournées d’aumônes ou dans un véhicule, et j’étais surpris de constater à quel point je trouvais cela fastidieux. La seule exception était le plaisir occasionnel que je ressentais lorsqu’il s’agissait d’un morceau que j’avais aimé autrefois. Cela me rappelait combien le plaisir sensuel est lié à la mémoire et à l’attente.

Le chemin de la pratique ne consiste pas à renoncer aux choses par un simple acte de volonté. Le renoncement est plutôt une réorientation de l’esprit. Nous constatons que certaines choses ne répondent plus aux questions que nous voulons poser à notre vie et peuvent, en fait, nous ralentir.

Ajahn Jayasāro
10/02/26





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