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La mise en mouvement de la roue du Dhamma

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Aujourd'hui nous commémorons Asalhā Pūjā, le jour où le Bouddha enseigna le Dhammacakkappavattana Sutta, son premier discours, celui qui ‘mit en mouvement la roue du Dhamma'. Dans ce discours, le Bouddha présente les Quatre Nobles Vérités, son enseignement clé, non pas comme une philosophie mais comme un appel à l'action. Il dit que nous devons chercher à comprendre pleinement dukkha, la nature insatisfaisante de l'existence non éveillée. Nous devons chercher à abandonner les désirs qui entretiennent cette insatisfaction. Nous devons chercher à réaliser la libération qui apparaît avec la cessation de dukkha. Nous devons cultiver l'Octuple Sentier pour parvenir à ces objectifs. Dans ce discours, le Bouddha décrit également ses enseignements comme une voie du milieu entre la recherche des plaisirs sensuels et l'ascétisme peu judicieux. Le Bouddha ne voulait pas dire par là que la voie du milieu est équidistante des deux extrêmes. Cette voie est beaucoup plus proch

La Coproduction Conditionnée

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L'enseignement clé de la Coproduction Conditionnée (Paṭicca Samuppāda) est le plus souvent exprimé en termes de douze liens. Mais il existe aussi des discours avec des formes abrégées. Je me réfère ici à six de ces douze liens. Le contact (phassa) par l'un des six sens génère une sensation agréable (vedanā). En l'absence de pleine conscience, l'envie (tanhā) de cette sensation se manifeste. Cela peut prendre la forme d'un plaisir, d'un désir d'en avoir plus, d'un souhait d’en augmenter l'intensité, d'un désir que cela ne s'arrête pas.  Conditionné par l'envie, l'attachement (upādāna) apparaît et donne un sens et de l’importance à l'objet de l'envie, ainsi que des opinions et des croyances qui justifient l'indulgence à son égard, un mode de vie qui en garantit l'accès. Conditionné par l'attachement, un monde personnel (bhava) se manifeste, un modèle de comportement et de valeurs façonné par l'attachement. En s

La différence entre sañña et sati

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Il n'existe pas de terme unique dans la langue pāli pour désigner la mémoire. Les fonctions de l'esprit qui constituent ce que nous appelons la mémoire sont divisées entre sañña (perception) et sati (pleine conscience). Sañña enregistre les choses dans la mémoire en utilisant des mots, des noms, des images et des étiquettes. On peut faire une analogie avec la saisie et le stockage de données. Sañña est la capacité de reconnaître les choses. Lorsque nous reconnaissons un objet visible comme un arbre ou un stimulus auditif comme le chant d'un oiseau, c'est sañña qui est à l'œuvre. Il s'agit d'un processus naturel, dépourvu d'intention. La pleine conscience ne se produit pas d'elle-même. Elle est toujours accompagnée d'une intention. Sati est un rappel actif. Sati amène les données recueillies par sañña dans le moment présent dans un but spécifique et les y maintient aussi longtemps que nécessaire. Sati ramène à l'esprit et garde à l'esprit

Le pouvoir de la familiarité

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Pendant deux mois en 1967, un cours sur la « Persuasion de Base » à l'université d'État de l'Oregon a été suivi par un personnage mystérieux.  Cette personne était entièrement couverte d'un sac noir, seuls ses pieds nus étant visibles.  Il était assis discrètement au fond de la classe, son identité n'étant connue que du professeur qui donnait le cours. Les étudiants l'appelaient « Black Bag » (sac noir). Ils pensaient qu'une étude était peut-être en cours, mais ils n'avaient aucune idée de ce qu'elle pouvait être. Le sujet de l'étude était l'évolution des réactions des étudiants à l'égard de « Black Bag ». Pendant deux mois, le professeur a noté comment ces réactions sont passées de l'hostilité à la curiosité, puis à l'amitié. Bien que cette personne mystérieuse n'ait rien fait et n'ait pas dit un mot depuis le jour de son arrivée, les sentiments des étudiants avaient changé. La seule explication à ce changement est la fam

Le Joyau d'Ubon

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  L'une des grandes joies de la vie spirituelle est de servir son maître. L'occasion s'est présentée à moi vers la fin des années 1980, lorsque j'ai commencé à travailler sur la biographie officielle d’Ajahn Chah en langue thaïlandaise. Le livre fut publié à la fin de l'année 1992 et distribué gratuitement lors de ses funérailles en janvier 1993. Je lui ai donné le nom de ‘Upalamani’. En Pāli, le mot ‘upala’ signifie "lotus bleu" et ‘mani’ signifie ‘joyau’. Le mot peut donc être traduit par ‘joyau du lotus’ ou plus familièrement, le ‘joyau dans le lotus’ (cette image fournit également le célèbre mantra tibétain, ‘Om mani padme hum’). Dans la symbolique bouddhiste, le lotus représente l'esprit purifié, né dans la boue mais qui la transcende. Le joyau en son centre représente la sagesse inhérente à l'esprit pur. Upalamani peut donc également signifier ‘la sagesse éveillée de l'esprit pur’.  Le titre royal d'Ajahn Chah était Phra Bodhiñāna. Bo

La perception de l'impermanence

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Lorsque nous considérons les choses et les personnes comme permanentes – “c'est ainsi. Cela a toujours été ainsi et le restera toujours' ; elles sont toujours comme ça, elles l’ont toujours été et ne changeront jamais” , c’est comme resserrer un nœud de plus en plus fort en tirant sur les brins. Nous nous sentons déprimés. Nous sommes désespérés. Ce n’est pas tant la douleur présente qui nous submerge, mais la conviction que cette douleur ne nous quittera jamais. Mais lorsque nous nous trouvons dans des situations ou des relations difficiles, réfléchir à l’impermanence est comme tirer sur une corde qui desserre et finalement défait le nœud. Je ne recommande pas d’utiliser l’enseignement sur l’impermanence pour vous consoler quand les temps sont difficiles. C’est peu probable que cela soit efficace. Mon propos est qu’il est nécessaire de ramener l’esprit, encore, encore et encore vers la perception de l’impermanence. Au fil du temps, notre réaction aux défis mûrira et s’accompag

L’esprit des bouddhas du passé, du présent et de l'avenir

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Un jour, Vénérable Sāriputta proclama qu'il n'existait aucun autre maître dans le passé, le présent ou l'avenir dont la sagesse pouvait surpasser celle du Bouddha. Le Bouddha répondit en demandant à Vénérable Sāriputta sur quelle base il faisait une telle "déclaration grandiose et dramatique". Saisissait-il l'esprit des bouddhas du passé et de l’avenir ? Saisissait-il l'esprit du Bouddha assis devant lui ? Vénérable Sariputta admit qu'il ne pouvait pas saisir l'esprit des Bouddhas. Néanmoins, il maintint sa déclaration et proposa une analogie pour expliquer pourquoi la sagesse du Bouddha pouvait être égalée, mais jamais surpassée. " Imaginez que la capitale d'un royaume soit entourée d'une solide muraille, avec un chemin de ronde et une seule porte, et qu'elle ait un gardien sage, expérimenté et intelligent. Il empêche les personnes inconnues d'entrer et laisse entrer les personnes connues. En parcourant le chemin de ronde, il

La leçon du Vénérable Sariputta

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  À une occasion, le Vénérable Sāriputta fut faussement accusé de s’en être pris physiquement à un autre moine. Aussi absurde que soit cette accusation, le Bouddha ne la rejeta pas d'emblée. Il convoqua une réunion du Sangha, au cours de laquelle l'accusateur fut invité à répéter publiquement ses allégations, et le vénérable Sāriputta eut l'occasion d'y répondre. Sa réponse fut si éloquente et si puissante qu'elle fut connue sous le nom de "rugissement du lion". Le vénérable Sāriputta ne fut ni blessé ni offensé par les accusations parce qu'il était incapable de les prendre personnellement : "Tout comme, ô Seigneur, les gens jettent sur la terre des choses pures et impures, des excréments, de l'urine, des crachats, du pus et du sang, la terre n'en éprouve pas pour autant du dégoût, de la répulsion ou de la répugnance. De même, Seigneur, je vis avec un cœur qui est comme la terre, large, étendu et sans limites, sans hostilité ni malveillanc

Nibbidā, le désenchantement

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  Parfois, nous nous remémorons une ancienne croyance à laquelle nous étions fermement attachés, en une personne, une relation ou une institution. Rétrospectivement, nous nous étonnons que cette croyance ait été si inconditionnelle. C’est comme si nous avions été ensorcelés. De même, à mesure que notre compréhension des trois caractéristiques de l'existence s'approfondit, nous nous demandons à quel point nous croyions à la permanence, au sukha et au soi. Cela ressemble à une sorte d'enchantement. Cette vision plus claire suscite une émotion : nibbidā, un désenchantement corrélatif. En thaï, la traduction la plus courante de nibbidā est "s'ennuyer" ou "en avoir assez"; l'étudiant avancé du Dhamma est ennuyé par le samsāra. Il va sans dire que nibbidā n'est pas le type habituel d'ennui, qui est toujours provoqué par un certain degré d'aversion. Il s'agit du manque d'intérêt à regarder un spectacle de magie une fois que l'on

Le Réalisme Scientifique

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La croyance selon laquelle les phénomènes physiques mesurables sont en quelque sorte plus 'réels' que les phénomènes mentaux incommensurables est tellement omniprésente de nos jours qu’elle est rarement reconnue en tant que telle. Un grand nombre d’ouvrages de science populaire décrivent une quelconque expérience humaine et ajoutent ensuite une phrase telle que “ce qui se passe réellement dans ce cas” suivi d’un compte rendu des ondes cérébrales ou des hormones ou quelque chose de ce genre. Je ne prétends pas être un scientifique, mais une réflexion que j’ai tirée de mon éducation scientifique que je trouve très importante et précieuse est , “corrélation n’est pas causalité. ” B. Alan Wallace est un de mes auteurs favoris sur la façon dont la science peut devenir un système de croyances. Je vais citer ici son livre de 1989, 'Choosing Reality : A contemplative view of physics and the Mind’ (Science et bouddhisme : à chacun sa réalité) .  Il liste quelques prémices de base : 

Le grand défi de la pratique du Dhamma

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Chaque jour, où que nous soyons, avec qui que ce soit, notre vie est un flux de phénomènes physiques et mentaux : formes, sons, odeurs, goûts, sensations tactiles, pensées, perceptions et ressentis. C'est le monde réel : le monde de l'expérience directe. Il n'est pas le fruit du hasard et ne fait pas partie d'un plan divin. C'est la manifestation d'un flux de causes et de conditions d'une complexité inimaginable sans commencement. Sans la pleine conscience et la compréhension claire (sati-sampajaññā), un sentiment de propriété domine la conscience. Nous prenons tout personnellement : "Je" vois, "j'"entends, "je" sens, "je" goûte, "je" touche, "je" pense, "je" perçois, "je" ressens. Mais en présence de la pleine conscience et d'une compréhension claire, ce sens de la propriété disparaît. Il reste la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher, la pensée, la percepti

Pourquoi méditer ? (3)

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Pourquoi méditer ? Parce que sans la pratique de la méditation, il n'est pas possible d'accéder durablement au plaisir non-sensuel (niramisasukha). "Et alors ?" pourrait-on objecter.  Voici pourquoi c'est important : (i) La qualité de l'expérience elle-même : ceux qui ont accès au plaisir non-sensuel par la méditation affirment qu'il est tellement supérieur au plaisir des sens que les comparaisons semblent ridicules. En tant que créatures profondément attachées à la recherche du plaisir, il est certainement logique de chercher à savoir si de telles assertions sont crédibles. Si c'est le cas, apprendre à méditer devrait susciter un intérêt considérable. (ii) Des effets bénéfiques qui changent la vie : l'esprit non éveillé entretient une relation dysfonctionnelle avec les plaisirs sensoriels. L'envie de plaisir peut facilement conduire à la douleur, à la déception, à l'obsession et à la dépendance. Elle peut également conduire à des comportem

Pourquoi méditer ? (2)

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Pourquoi méditer ? En fait, d'autres questions devraient précéder celle-ci. Pourquoi prendre refuge dans le Triple Joyau en premier lieu ? Si l'on a vraiment foi en la sagesse et la compassion du Bouddha, quel autre choix y a-t-il que de suivre la voie qu'il nous a révélée ? Le Bouddha a enseigné la meilleure façon de vivre notre vie en tant qu'êtres humains. Les enseignements sont un appel à l'action pas à l'inaction. À de nombreuses reprises, le Bouddha a dit que ce n'étaient pas les offrandes matérielles qui lui plaisaient, mais l'offrande de la pratique. Et comment est-il possible de faire cette offrande, en d'autres termes, comment est-il possible de pratiquer le Dhamma d'une manière transformatrice, sans faire d'efforts dans la méditation ? L'idée d'offrande est vitale. Il est réducteur de considérer la méditation uniquement sous l'angle de son propre cheminement spirituel. Prenez le temps de réfléchir à la chance que vous a

Pourquoi méditer ?

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Pourquoi méditer ? Il y a tellement de raisons. Trouver des raisons pour ne pas méditer serait beaucoup plus difficile. Alors aujourd’hui, je vous en donne juste une. Un flux constant d’états mentaux traverse l’esprit. Certains de ces états mentaux affligent l’esprit et sapent son bien-être fondamental. D’autres apportent de la paix, de la clarté et de la joie dans nos vies. Il est logique d’être proactif, de réduire les états mentaux négatifs et d’augmenter les positifs. Pour ce faire, nous devons apprendre à développer notre regard intérieur de manière systématique. Nous devons apprendre à identifier les états mentaux négatifs comme étant négatifs et les états mentaux positifs comme étant positifs. Nous devons apprendre à établir notre attention afin qu’elle empêche l’émergence d’états mentaux négatifs, ou à défaut, qu’elle nous permette de rapidement lâcher prise de ceux qui sont déjà présents. Nous devons apprendre à introduire des états mentaux positifs dans notre esprit et appren

Cultivons la perception de l'incertitude

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L'entraînement à la sagesse (pañña) ne peut être séparé de l'entraînement de sīla et de samãdhi. Ce “Triple Entraînement " permet une éducation complète et profonde de tous les aspects de notre vie. Mais, finalement, c'est la sagesse qui nous libère, car c'est le manque de sagesse qui nous emprisonne. Le point culminant de l'entraînement à la sagesse, et donc de l'ensemble du processus d'éducation bouddhiste, se trouve dans l'éveil direct et non conceptuel à la véritable nature de l'existence. Cet éveil est rendu possible par une compréhension profonde des trois caractéristiques principales de l'existence : anicca, dukkha, anattã. Ajahn Chah enseignait à ses disciples à préparer leur esprit aux niveaux les plus avancés de compréhension des trois caractéristiques en cultivant la perception de l'incertitude. Cette pratique nous ramène sans cesse à la nature de notre vie d'une manière immédiate et intelligente. La pratique commence par

Les habitudes et le caractère

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Le mot Thaï 'nisai'  (นิสัย) veut dire à la fois caractère et habitude. Il met en évidence une vérité importante : le caractère c’est les habitudes. Nous forgeons notre caractère par nos habitudes. Le caractère n’est pas acquis d’avance – il change selon la façon dont nous vivons notre vie. En pensant que le caractère est quelque chose de permanent, les gens se caractérisent souvent d’une certaine manière. Ils se définissent par rapport  à leurs habitudes. Quand leurs habitudes sont destructrices ou corruptrices, comme le sont la colère ou l’avidité, ils sont remplis de désespoir ou d’un dégoût de soi. Cependant, en observant de près, on voit une identification à des états mentaux de colère ou d’avidité puis leur mise en œuvre encore et encore, jusqu’au point où l'identification et la réaction se font de manière presque automatique. Il ne s’agit pas d’une expression de notre identité, mais d’habitudes profondément enracinées.   Notre esprit est comme un tableau blanc. Ce ne

Nous diffuserons dans l'univers entier un esprit empli de bienveillance abondante

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Dans le Kakacūpama Sutta (MN21), le Bouddha donna aux moines des conseils pour faire face aux critiques blessantes. Tout d'abord, il classa ces paroles comme opportunes ou inopportunes, vraies ou fausses, gentilles ou dures, bénéfiques ou néfastes, prononcées dans un esprit de bonne ou mauvaise volonté. Dans tous les cas, il déclara : "Vous devriez vous entraîner ainsi : 'Notre esprit ne sera pas affecté et nous ne prononcerons pas de paroles malveillantes ; nous resterons amicaux, bienveillants et sans aucune aversion. Nous resterons bien disposés envers le bien-être de cette personne, dans un esprit de bienveillance et sans haine intérieure et, en commençant par elle, nous diffuserons dans l'univers entier un esprit empli de bienveillance abondante, expansive, incommensurable, exempte d'hostilité et de mauvaise volonté. " Le Bouddha dit qu'en maintenant cet état d'esprit universel et inconditionnel, les gens qui essayeraient de les blesser avec leurs

Les mensonges détruisent la confiance

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  Les relations amoureuses entre collègues étaient mal vues dans une certaine société. Deux cadres avaient néanmoins commencé une telle relation. Très discrets, ils étaient sûrs que personne ne s'en doutait. En fait, très vite, de rumeur en rumeur, la majorité de leurs collègues fut au courant de la situation, mais ils considéraient tous que cela relevait de la vie privée et personne ne s’en souciait vraiment. Rien ne fut dit. Cependant des problèmes survinrent car le couple devait mentir pour cacher son prétendu secret. Leurs collègues les voyaient mentir si souvent avec une telle facilité et un tel naturel qu’ils ne leur faisaient plus confiance. Ce manque de confiance fut alors un facteur décisif dans une crise qui bouleversa cette société. À chaque fois que vous mentez, peu importe la raison, vous démontrez que vous êtes une personne qui est prête à mentir dans certaines circonstances. Inévitablement, les gens commencent à se poser la question : “ S’ils sont prêts à mentir à ce

Qu’y a-t-il de mieux à faire ??

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Notre situation est que nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont. Notre difficulté est que, parce que nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont, nous créons continuellement des problèmes inutiles pour nous-mêmes et pour les autres. Notre tâche consiste à apprendre à voir les choses telles qu'elles sont afin d'être en mesure de cesser de créer tous ces problèmes inutiles. Notre bénédiction est que l'Octuple Sentier du Bouddha nous fournit tous les outils dont nous avons besoin pour apprendre à voir les choses telles qu'elles sont. Notre défi est que, même équipé de l'Octuple Sentier, il est très difficile d'apprendre à voir les choses telles qu'elles sont. Notre réflexion est la suivante : qu’y a-t-il de mieux à faire ?  Ajahn Jayasāro 18/05/24

Observer le sens du soi

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Si une chose existe vraiment, plus on l'examine de près, plus elle devient claire. Si une chose n'existe pas vraiment, plus on l'examine attentivement, plus elle perd de sa substance. Donc, si l'on veut distinguer le vrai du faux, on doit regarder de près.  Mais comment faire? Il est très difficile de regarder quelque chose sans parti pris ni distorsion. L'esprit, celui qui regarde de près, est inconstant et peu fiable, il n’est pas adapté à cette tâche. Il doit d'abord être renforcé par la pleine conscience, une compréhension lucide et un effort approprié. Lorsque ces trois qualités ont été suffisamment cultivées, il en résulte le samādhi, la stabilité de l'esprit indispensable à tout examen approfondi de la réalité.  Après avoir développé le samādhi, l'attention peut maintenant se tourner vers le sens du soi, l'hypothèse d'un sujet permanent, indépendant et propriétaire d'expériences. L'enseignement d'anattā n'est pas une philos

Les déclencheurs de pensées négatives

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En dehors des états profonds de samadhi, l'esprit produit des pensées aussi naturellement que les glandes produisent des hormones. Les pensées qui surgissent dans l'esprit au cours de la journée sont provoquées par ce que nous voyons, entendons, sentons, goûtons, touchons, et sont conditionnées par ce que nous avons pensé auparavant. En soi, ces pensées sont inoffensives. Mais certaines d'entre elles peuvent être de puissants déclencheurs, conduisant à des trains de pensées toxiques qui sont une source majeure de souffrance. Nous ne pouvons évidemment pas choisir toutes nos expériences au niveau des portes des sens mais nous en choisissons certaines. Il est donc judicieux d'éviter les stimulations sensorielles inutiles qui déclenchent facilement des états mentaux malsains. Il n'est pas facile de maintenir la pleine conscience aux portes des sens afin d'empêcher les déclencheurs de produire des trains de pensées négatives. La retenue des sens "indriya saṃvar

Deux trésors inestimables

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  Une histoire ancienne : à l’époque du Bouddha, une vieille dame vivait seule et délaissée dans la cité de Sāvatthi. Sa situation était pitoyable. Le puits commun étant trop éloigné pour qu’elle puisse aller chercher de l’eau potable, elle n’avait souvent pas d’autre choix que d’utiliser une tuile cassée pour recueillir l’eau de rinçage du riz jetée par les domestiques d’une maison voisine. Le grand arahant Vénérable Mahā Kassapa avait une compassion profonde pour cette vieille dame et un jour il lui rendit visite durant sa tournée d’aumône. La vieille femme fut stupéfaite de voir un moine si vénéré devant-elle. Elle lui dit, “Vénérable Seigneur, vous êtes au mauvais endroit. Personne au monde n’est plus pauvre que moi et moins capable de vous offrir l’aumône. “En fait,” dit-elle en souriant, “c’est vous qui devriez me donner une assistance matérielle.“ Le vénérable Mahā Kassapa dit, “Je veux t’aider d’une façon qui te sera plus bénéfique que cela. “ Il proposa qu’elle lui donne quelq

S’adapter à l’inattendu

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  Mon éducation monastique m'a encouragé à m'adapter à l'inattendu et à faire preuve de souplesse dans les limites des préceptes. En 1982, Ajahn Chah envoya une importante délégation de moines, dont je faisais partie, dans une région reculée d'une province voisine. Notre tâche consistait à construire un bûcher de crémation pour un de ses vieux amis, dont le corps avait été conservé pendant un an en signe de grand respect.  Le soir précédant la crémation, des centaines de laïcs bouddhistes assistèrent au programme de psalmodies et de discours sur le Dhamma. Le cercueil du vieux moine fut placé sur une plate-forme surélevée, sous la statue de Bouddha. Le moment vint de transférer le corps de ce lourd cercueil en bois à un cercueil plus léger, adapté à une crémation en plein air. Il y eut une légère pause lorsque le couvercle du cercueil fut enlevé. Il s'avéra que les personnes responsables de la protection du corps contre la dégradation avaient commis une grave erreur

Gérer la colère

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  À l'époque du Bouddha vivait un brahmane si méchant qu'il était connu sous le nom d'Akkosaka (Abusif) Bhāradvāja. Un jour, quand Akkosaka apprit qu'un autre brahmane de son clan était devenu moine, il décida d'aller réprimander le Bouddha. Mais lorsqu'il libéra tout son venin, le visage rouge et postillonnant dans tous les sens, le Bouddha demeura complètement impassible. Le Bouddha demanda alors calmement à Akkosaka s'il lui arrivait de recevoir des invités chez lui. "Bien sûr que oui", bredouilla Akkosaka. "Et qu'advient-il des collations que vous avez préparées pour vos invités s'ils ne les mangent pas ?" demanda le Bouddha. "Eh bien, évidemment," répondit Akkosaka,”je les garde." "De même, Akkosaka, aujourd'hui tu m'as offert ta colère. Je ne l'ai pas acceptée, donc elle t’appartient toujours.” Le Bouddha poursuivit en vers : "Celui qui répond à une personne en colère par la colère ne fai

Les Vertus

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Les souillures mentales sont une conséquence naturelle de l’ignorance de la façon dont les choses sont. De même, les différentes qualités vertueuses sont une conséquence naturelle de voir les choses clairement. En conclusion : l’effort pour “abandonner ce qui est malsain et cultiver ce qui est sain” a comme thème principal le développement d’une stabilité et clarté d’esprit qui permettent alors la perception sans distorsions de la façon dont les choses sont. Celui qui sait rester longtemps assis immobile comme une statue mais agit avec suffisance, se moque des autres et est indifférent aux souffrances des êtres sensibles, celui-là a perdu le nord bouddhiste. Des qualités telles que la patience et la retenue des sens, l’humilité et la gratitude, la bonté et le contentement s’épanouissent naturellement avec le progrès de notre pratique de sīla, samādhi, paññā. Les vertus apportent de la joie dans nos vies, mais en plus elles sont la preuve que nous sommes sur la bonne voie. Ajahn Jayasār