La voix intérieure
Nos pensées prennent souvent la forme d'une voix intérieure. On peut d'ailleurs observer que ces pensées-là s'accompagnent généralement de mouvements subtils de la langue, du larynx et des cordes vocales. Un moyen d'arrêter les pensées fugitives consiste donc à appuyer la langue contre le palais et à la maintenir immobile.
Quant aux voix elles-mêmes, celles qui nous semblent les plus vraies sont celles qui reviennent le plus souvent. La propagande utilise ce principe : répéter une affirmation encore et encore conduit souvent les gens à y croire, simplement parce qu'ils l'entendent souvent. Dans notre monde intérieur, nous nous identifions aux mots et aux phrases qui reviennent sans cesse, simplement parce qu'ils sont fréquemment répétés. C'est un cercle vicieux : plus certains mots apparaissent, plus nous nous y identifions ; plus nous nous y identifions, plus ils apparaissent. À titre d'exemple, des paroles internes d'autocritique finissent par devenir la voix du critique interne, qui devient ce que nous croyons que nous sommes. Quelle misère.
Mais les mots dans notre esprit ne sont que des mots. Ils ne sont pas plus ce que nous sommes que les éternuements.

