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Affichage des articles du mars, 2026

Les vérités viennent parfois de manière inattendue

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Il y a de nombreuses années, j’habitais dans une petite cabane au flanc d’une colline recouverte d’une forêt dense. Un jour, je décidai de remonter le ruisseau tout proche qui, gonflé par l'orage des jours précédents, dévalait la pente en rugissant. La montée n’était pas facile et, en grimpant de rocher en rocher, j’ai glissé et je suis tombé. Je me suis retrouvé sur le dos dans le ruisseau, le souffle coupé, mais indemne. J’ai alors pris conscience de l’imprudence dont j’avais fait preuve. Si je m'étais cassé une jambe ce n'est que le lendemain matin que cela aurait été remarqué, quand je ne me serais pas présenté pour ma tournée d'aumône quotidienne dans le village en contrebas. Puis une autre pensée me traversa l'esprit : comment avais-je pu atterrir de manière aussi contrôlée ? Je me rendis compte que j'avais effectué un mouvement acrobatique étonnant dans les airs. Je ne pus m'empêcher d'être impressionné. En tant que moine, je contemple chaque jour...

Équanimité en temps de conflit

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  En essayant de maintenir l’attention sur la respiration, nous prenons conscience de tous les obstacles qui nous en empêchent. Nous apprenons à empêcher leur apparition et à lâcher prise sur eux. Ce principe s’applique à d’autres aspects de la pratique. En gardant à l’esprit le quatrième précepte, par exemple, nous prenons conscience de toutes les intentions et motifs, de tous les désirs et de toutes les craintes qui nous poussent à mentir. Cela nous apporte la connaissance nécessaire pour purifier progressivement notre parole. Nous observons les préceptes parce que nous sommes assez sages pour en voir la valeur, et en les observant, nous devenons plus sages. En pratiquant l’intention juste (sammā saṅkappa), en gardant la ferme intention de demeurer dans des pensées exemptes de malveillance, de colère et d’agressivité, nous devenons sensibles à l’apparition de telles pensées. Cette pratique est particulièrement importante en période de conflit. La peur conduit facilement au ressen...

Les bases historiques du bouddhisme sont vérifiables

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On vous a peut-être déjà demandé : « Comment pouvez-vous être sûrs que le Bouddha a réellement existé ? Dans quelle mesure pouvez-vous faire confiance à vos textes ? » Ma réponse est que notre foi repose vraiment sur des bases solides. Les textes pāli des Suttas et du Vinaya font preuve d'une étonnante cohérence interne et d'une grande unité, sans faire la moindre référence à des textes postérieurs. Ils ne révèlent aucun anachronisme historique. Cela donne au lecteur averti le sentiment profond qu'ils sont tous l'œuvre d'un seul et même esprit. L'uniformité des textes à travers des lignées de transmission isolées indique une origine commune antérieure à la division sectaire. Elle témoigne également de la fiabilité des méthodes de transmission orale utilisées par les moines pour les préserver. Les seize pays mentionnés dans les textes ont rapidement été absorbés par l'Empire Nanda. L'absence de toute référence à cet empire, ou à l'empire Maurya qui lu...

L’équilibre de la pratique

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  En 1978, à Londres, juste avant de partir pour la Thaïlande, j’ai eu une conversation avec une psychiatre qui venait de prendre sa retraite après une longue et brillante carrière. Je fus surpris lorsqu’elle me confia qu’elle avait rarement conseillé la méditation à ses patients. Selon elle, l’élément le plus essentiel à faire comprendre aux personnes atteintes de troubles mentaux était à quel point leurs problèmes étaient liés à leurs actes et à leurs paroles, et que la première étape et la plus importante consistait à prêter attention à leur comportement dans le monde. On ne saurait surestimer l’importance de sīla. Les retraites de méditation pour laïcs ont certes constitué une évolution très positive au sein des communautés bouddhistes au cours des cinquante dernières années. Cependant, la méditation ne représente qu’un aspect de l’entraînement global du corps, de la parole et de l’esprit nécessaire à la libération. Mettre trop l’accent sur l’application d’une technique de médi...

L'amour de soi dans le Bouddha dhamma

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De nos jours, on entend souvent qu'il faut s'aimer soi-même. Cela semble raisonnable. Mais ce que cela implique réellement et ce que cette expression signifie exactement reste plutôt mystérieux. Sans doute s’agit-il d’un sentiment que l’on devrait éprouver envers soi-même. Nombreux sont ceux qui s'efforcent alors de savoir s'ils éprouvent ce sentiment, et ne le trouvant pas, finissent par nourrir des idées pernicieuses et incohérentes, comme celle de ne pas valoir grand chose. Le Bouddhadhamma toujours précis et pragmatique, commence par poser des questions pratiques et concrètes telles que : « Comment être un bon ami envers soi-même ? »  La réponse est la suivante : Nourrir son cœur par des actes de gentillesse et de générosité. Construire et maintenir des garde-fous intelligents dans la vie en respectant les cinq préceptes. S'efforcer d'abandonner les états d'esprit malsains et de cultiver des états d'esprit bienfaisants, comme la patience, la bienveil...

Éveiller l’ardeur

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  « Encore une fois, Udayin, j'ai proclamé à mes disciples la manière de développer les quatre efforts justes. Ici, un bhikkhu éveille son zèle pour que les états mauvais et malsains qui ne sont pas encore apparus ne surgissent pas, et il fait des efforts, suscite son énergie, exerce son esprit et persévère. Il éveille son zèle pour abandonner les états mauvais et malsains qui sont apparus. Il éveille son zèle pour l'apparition d'états sains non apparus... Il éveille son zèle pour la continuité, la non-disparition, le renforcement, l'augmentation et l'accomplissement par le développement d'états sains apparus, et il fait des efforts, suscite son énergie, exerce son esprit et persévère. Et ainsi, beaucoup de mes disciples demeurent, ayant atteint l’accomplissement et la perfection de la connaissance directe.» (MN 77) De nos jours, on accorde beaucoup d'importance aux détails des techniques de méditation, comme si la pratique du Dhamma consistait à appliquer c...

Les enseignements forment un tout

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Il existe deux niveaux de la Vue Juste : la vue juste ordinaire et la vue juste transcendante (voir, par exemple, MN 117). La vue juste transcendante (lokuttara) est la vision claire de la réalité à la lumière des Quatre Nobles Vérités. La vue juste ordinaire (lokiya) nous invite à adhérer à certaines propositions, non pas comme des dogmes religieux, mais comme des hypothèses de travail. Ces propositions fournissent ainsi les bases et le cadre nécessaires à la culture de la Pensée Juste et de tous les autres aspects du Noble Chemin.  Le terme « juste » est utilisé ici dans un sens fonctionnel. Les principes de la Vue Juste sont « justes » dans le sens où ils fournissent les points de vue et les valeurs nécessaires à la réalisation du chemin vers le Nibbana. Les rejeter constitue un obstacle à la libération, même si cela n’empêche pas une vie épanouie. Pour un débutant, parler d'un enseignement sur la causalité peut sembler simple. Cependant, il peut être difficile de comprendre pou...

Le tapas suprême

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À l’époque du Bouddha, le mot « tapas » (chaleur, ferveur) désignait les austérités spirituelles pratiquées soit pour stimuler le feu intérieur, soit, dans le cas des jaïns, pour brûler l’ancien kamma. Le Bouddha donna à tapas un sens et un but nouveaux : l’incinération des souillures mentales. Lors de la première pleine lune de Māgha après son éveil, il enseigna un verset fondamental, l’Ovāda Pātimokkha, à un groupe de 1 250 arahants, dont beaucoup étaient d’anciens adorateurs du feu. Il y déclara que khanti (patience, endurance) est le tapas suprême. La patience incinère les souillures parce qu’elle s’oppose au penchant naturel de l’esprit vers la colère, le ressentiment et l’abattement face à ce qui est désagréable. Sans elle, l’esprit est facilement détourné par les souillures, et ses qualités salutaires demeurent fragiles et immatures. Khanti nous permet de supporter les phénomènes désagréables sans agitation, qu’il s’agisse de douleur physique, d’inconfort, des parole...

Donner le meilleur de soi

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  Où que tu sois, Dans un endroit accueillant ou hostile, animé ou isolé, Que tu te sentes confiant ou timide, Que tu te sentes en pleine forme ou abattu, Que tu sois sur une mer calme ou ballotté par des vagues incertaines, Que tu te sentes enthousiaste ou indifférent, Que tu fasses l'objet d'éloges ou de critiques, Que tu sois vu ou ignoré Que l'on rie avec toi ou de toi, Que tu te sentes inspiré ou désenchanté,  Optimiste ou découragé, Calme ou morose, Dis-toi :  Quelle est la meilleure chose,  La meilleure chose possible,  Que je puisse apporter à cette situation ? Ajahn Jayasāro 28/02/26

La loyauté guidée par la sagesse

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La loyauté est un mot enveloppé d'une aura. Elle semble être une qualité évidente, tout comme la déloyauté semble signaler une corruption morale. Mais la loyauté est-elle toujours une vertu ? Et si ce n'est pas le cas, comment et dans quelles circonstances la loyauté devient-elle toxique ? Et qu'entend-on exactement par loyauté ? Une définition affirme que la loyauté implique une fidélité inébranlable face à toute tentation de renoncer, d'abandonner ou de trahir. Présentée ainsi, elle semble noble. Elle est comparable à la vertu bouddhiste du khanti, ou patience. Mais le concept de loyauté soulève un certain nombre de questions. Faut-il rester fidèle à une personne ou à une organisation qui cause du tort à soi-même et à autrui, ou qui est elle-même déloyale envers les principes mêmes sur lesquels repose notre propre loyauté à son égard ? Être loyal signifie-t-il « mon ****, qu'il ait raison ou tort », ou y a-t-il de la place pour des critiques constructi...

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