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Affichage des articles du avril, 2026

Regardez de près la nature des choses …

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  Le Bouddha évitait les débats philosophiques pour des raisons pratiques. « La vie est courte, disait-il, comme la rosée au soleil ; c’est pourquoi vous devriez faire très attention aux choses auxquelles vous choisissez de consacrer votre temps et vos efforts. » Vos choix devraient être déterminés par la capacité de toute chose à vous faire progresser sur le chemin de la libération ou du moins à ne pas l'entraver. Selon lui, les débats populaires de son époque sur la nature de la réalité ne satisfaisaient pas à ce critère. Les observations les plus profondes du Bouddha renferment un défi majeur : regardez de plus près. Il a résumé toutes les croyances et opinions de son époque, y compris les positions éternalistes et annihilationnistes qui sont encore populaires aujourd’hui. Il a déclaré que toutes ces opinions reposaient sur l’attachement aux cinq khandas : la forme, la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience ; en les considérant comme le soi ou apparte...

Quand le nuisible paraît bénéfique

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  L'histoire des personnes qui se nuisent à elles-mêmes au nom de la beauté remonte à très loin. Le mercure a été un ingrédient de prédilection dans les cosmétiques pendant des centaines d'années. Les Victoriens ne juraient que par les composés d'arsenic, qui conféraient le « teint limpide et translucide » tant recherché en détruisant les globules rouges des utilisatrices. Un composé de plomb, la céruse vénitienne, était pendant longtemps le produit de prédilection des femmes qui convoitaient cette peau claire et pâle, symbole par excellence de la féminité et du statut aristocratique. Et ce, malgré le fait que, lorsqu’il était appliqué sur le visage, le plomb réagissait avec l’humidité pour former un acide qui rongeait la peau. La peau se décolorait, commençait à peler et à se couvrir de cicatrices. Cela entraînait un cercle vicieux : à mesure que la peau des utilisatrices s’abîmait, elles appliquaient des couches plus épaisses de céruse pour la dissimuler, accélérant ainsi...

La faillibilité de l’esprit

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  À l'apogée de la grande tragédie shakespearienne, Othello est convaincu de l’infidélité de son épouse, Desdémone. Voyant qu'il a l'intention de la tuer et qu'elle ne peut pas prouver son innocence, elle est saisie de terreur et fond en larmes. Othello interprète cette réaction comme un aveu de culpabilité. Il commet une erreur fatale en supposant qu'une personne innocente, confrontée à une accusation mortelle ou infamante, ne saurait trembler, transpirer ou manifester de l'anxiété, tout comme le ferait une personne coupable.  Les mensonges ne sont pas très bien détectés par les êtres humains. Dans diverses études, le taux de réussite d’un groupe témoin aléatoire d’étudiants universitaires s’élève à peine à 54 %. Ce n'est peut-être pas si surprenant. Ce qui l'est davantage, c'est que les policiers, les juges et les détecteurs de mensonges professionnels ne sont guère plus compétents, avec des scores compris entre 55 et 60 %. La principale différence...

Un esprit semblable à l’eau

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  C'est Songkran, le Nouvel An thaïlandais. L'eau occupe une place prépondérante dans les festivités. Les gens s'aspergent d'eau dans les rues, chez eux ainsi que dans les monastères, ils accomplissent le rituel consistant à laver les mains des aînés et des enseignants. Voici donc, pour aujourd'hui, un peu de Dhamma sur l'eau. Ces deux passages proviennent d'un enseignement donné par le Bouddha à son fils Rāhula (MN62) : « Rāhula, qu'est-ce que l'élément “eau” ? Il peut être interne ou externe. Tout ce qui, à l’intérieur, appartient à soi-même, est de l’eau, aqueux et sujet à attachement, c’est-à-dire la bile, le flegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, la salive, la morve, l’huile des articulations, l’urine… c’est ce qu’on appelle l’élément eau interne. Or, tant l’élément eau interne que l’élément eau externe ne sont que l’élément eau. Et cela doit être vu tel qu’il est réellement, avec la sagesse appropriée, ainsi : “Ce n’est pas ...

L’ascète corrompu

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  Dans un récit tiré des Jātakas, un homme riche et crédule décide d'enterrer tout son or dans l'ermitage d'un ascète qu'il vénère. Mais l'ascète est corrompu. Il déterre l'or et le dissimule dans un autre endroit. Le lendemain, il prend congé de son bienfaiteur, prétextant que rester trop longtemps au même endroit constitue un obstacle au non-attachement. Alors qu'il s'éloigne, l'ascète a un doute. Il s'inquiète d’être le premier suspecté lorsque le vol sera découvert. L’ascète retourne donc chez son bienfaiteur. Il lui montre quelques brins de paille accrochés à ses cheveux et explique qu’il est venu les rendre car ils proviennent sûrement du toit de la maison. Il dit que ses préceptes lui interdisent de prendre quoi que ce soit qui ne lui ait pas été donné librement, pas même un brin de paille. Comme il l'espérait, l'homme est profondément impressionné par son honnêteté. Mais un ami du bienfaiteur se méfie immédiatement. Il convainc l’...

La fausse sagesse du recul

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Avec le recul, tout le monde devient plus lucide. Ou, si ce n’est pas tout à fait plus lucide, disons plus avisé. C’est du moins l’impression que l’on a. Tout à coup, on voit tout ce qu’on aurait dû faire et qu’on n’a pas fait, tout ce qu’on n’a pas fait et qu’on aurait dû faire ; tout ce qu’on aurait dû dire et qu’on n’a pas dit, tout ce qu’on n’aurait pas dû dire, mais qu’on a dit quand même. Cette sagesse rétrospective est particulièrement convaincante au lendemain de la séparation d’avec un être cher. Nous oublions que nous avons souvent, pour ainsi dire, erré sans carte dans un vallon brumeux. Nous pensons que nous aurions dû faire mieux. Le Bouddha nous enseigne à reconnaître que de nombreux facteurs complexes et incommensurables influencent nos vies. Nous ne pouvons jamais être tout à fait sûrs que nos décisions, aussi mûrement réfléchies soient-elles, produiront un bon résultat. Nous trouvons refuge dans la sincérité avec laquelle nous les avons prises, et non dans leurs résult...

Le roi et le manguier

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En Thaïlande, les mangues mûrissent en avril. Quand je repense à mes premières années ici, le goût frais et sucré des mangues « okrong » et la chaleur accablante du mois le plus chaud de l'année sont indissociables. Les toits en tôle brûlants. Transpirer sans arrêt. Le bon vieux temps ! Les enseignements d'Ajahn Chah regorgent de références aux mangues. Il aimait raconter le récit des Jātakas dans lequel un roi, voyant un manguier lourdement chargé de fruits dans un parc, décide d'y revenir pour en manger une fois ses affaires conclues. Cependant, à son retour, il découvre que sa suite a déjà dépouillé l'arbre et que ses branches cassées sont éparpillées au sol. En regardant un arbre intact à proximité, le roi se rend compte que celui-ci a été épargné parce qu’il ne porte pas de fruits. Il se dit qu'il est comme ce grand manguier, constamment exploité à cause de son pouvoir et de sa richesse, l'esprit rempli de soucis et d'inquiétudes. Par la suite, il décid...

Les motivations de la vertu

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  Les cyniques adoptent souvent un ton condescendant dans leurs propos, du genre : « Allons, soyons honnêtes sur ce qui se passe réellement ici ». Le philosophe néerlandais du XVIIe siècle, Bernard Mandeville, par exemple, affirmait ceci : « L’homme le plus humble qui soit doit reconnaître que la récompense d’une action vertueuse […] réside dans un certain plaisir qu’il se procure en contemplant sa propre valeur ». En résumé, cette vision consiste à affirmer que les gens accomplissent de bonnes actions principalement parce qu’elles leur procurent des sentiments agréables. Une action dite vertueuse ne diffère pas tant de celles jugées non vertueuses (y compris, peut-être, certaines actions chères à M. Mandeville). La conviction qui sous-tend cette vision est que nous devrions accepter la vérité qui invite à l’humilité selon laquelle nous sommes tous, toujours et inévitablement, motivés par notre intérêt personnel. Quelques remarques : le fait que le souvenir d’une action vertueuse a...

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