Les motivations de la vertu
Les cyniques adoptent souvent un ton condescendant dans leurs propos, du genre : « Allons, soyons honnêtes sur ce qui se passe réellement ici ». Le philosophe néerlandais du XVIIe siècle, Bernard Mandeville, par exemple, affirmait ceci : « L’homme le plus humble qui soit doit reconnaître que la récompense d’une action vertueuse […] réside dans un certain plaisir qu’il se procure en contemplant sa propre valeur ».
En résumé, cette vision consiste à affirmer que les gens accomplissent de bonnes actions principalement parce qu’elles leur procurent des sentiments agréables. Une action dite vertueuse ne diffère pas tant de celles jugées non vertueuses (y compris, peut-être, certaines actions chères à M. Mandeville). La conviction qui sous-tend cette vision est que nous devrions accepter la vérité qui invite à l’humilité selon laquelle nous sommes tous, toujours et inévitablement, motivés par notre intérêt personnel.
Quelques remarques : le fait que le souvenir d’une action vertueuse apporte de la joie à l’esprit ne prouve pas que cette joie doive nécessairement être le but ou la récompense attendue de l’acte. Ces aspirations à rendre le monde meilleur, à faire une différence et à contribuer à réduire la souffrance ne peuvent pas être si facilement écartées. À côté de l’amour du plaisir et de soi-même l’amour du bien et de la vérité a joué un rôle indéniable dans l’histoire de l’humanité.
D’un point de vue bouddhiste, un acte commis dans le but de procurer le plaisir de contempler sa propre valeur n’est, en réalité, pas du tout une action vertueuse. C’est une transaction.

