Le roi et le manguier
En Thaïlande, les mangues mûrissent en avril. Quand je repense à mes premières années ici, le goût frais et sucré des mangues « okrong » et la chaleur accablante du mois le plus chaud de l'année sont indissociables. Les toits en tôle brûlants. Transpirer sans arrêt. Le bon vieux temps !
Les enseignements d'Ajahn Chah regorgent de références aux mangues. Il aimait raconter le récit des Jātakas dans lequel un roi, voyant un manguier lourdement chargé de fruits dans un parc, décide d'y revenir pour en manger une fois ses affaires conclues. Cependant, à son retour, il découvre que sa suite a déjà dépouillé l'arbre et que ses branches cassées sont éparpillées au sol. En regardant un arbre intact à proximité, le roi se rend compte que celui-ci a été épargné parce qu’il ne porte pas de fruits. Il se dit qu'il est comme ce grand manguier, constamment exploité à cause de son pouvoir et de sa richesse, l'esprit rempli de soucis et d'inquiétudes. Par la suite, il décide de prendre cet arbre intact pour maître, de quitter le palais et de devenir moine. Il découvre alors la joie d'être indépendant et de n’être personne de spécial.
Ajahn Chah enseignait également que lorsque la pleine conscience atteint la stabilité du samādhi, elle est capable de discerner la nature des phénomènes de manière très naturelle et spontanée. Il disait que c’était comme être confortablement assis à l’ombre, au pied d’un manguier tandis que quelqu’un d’autre, perché dans l’arbre, en secouait les branches pour faire tomber les mangues. Il n'est pas nécessaire de grimper soi-même dans l’arbre ; il suffit de ramasser les fruits mûrs qui tombent à portée de main et d'ignorer ceux qui sont pourris.

