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Affichage des articles du février, 2026

Kāmachanda

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Lors d'une récente retraite, une méditante me confia que, lorsque son esprit s'apaisait pendant la méditation, elle avait souvent des idées pour résoudre des difficultés dans son travail. Elle se sentait frustrée de ne pas s'en souvenir après la séance, malgré tous ses efforts. Elle me demanda s'il était possible de garder un cahier et un stylo à portée de main pendant la méditation afin de noter les idées qui lui venaient à l'esprit. Je ne pensais pas que c'était une bonne idée. Prêter attention à des préoccupations professionnelles pendant la méditation fait partie du premier obstacle, kāmachanda, le désir sensuel. L'obstacle n'est pas seulement créé en donnant libre cours à des souvenirs ou des fantasmes de plaisirs sensuels, mais aussi par tout intérêt soutenu pour un aspect quelconque du monde matériel. Je lui ai conseillé, une fois rentrée chez elle, de pratiquer un exercice de méditation dans le seul but de calmer son esprit et de créer un espace ...

Le prix de la confiance

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  Le roi de Yan voulait ce qu'il y avait de mieux pour son pays : les meilleurs ministres, les meilleurs administrateurs, les meilleurs généraux et les meilleurs chevaux. Il voulait des chevaux capables de parcourir 1 000 li par jour et annonça qu'il était prêt à payer 1 000 pièces d'or pour un tel cheval. Malgré cette offre prodigieuse diffusée dans tout le pays, personne ne se présenta. Frustré, le roi se tourna vers son conseiller le plus sage. Après avoir parcouru la campagne pendant un certain temps, le conseiller entendit parler d'un de ces merveilleux chevaux. Malheureusement, celui-ci venait de mourir. Sans se décontenancer, il donna 500 pièces d'or au propriétaire du cheval pour ses os. Lorsque le conseiller revint au palais, le roi était en colère qu'il ait gaspillé autant d'argent. À quoi pouvaient bien servir de simples os au roi ? Le conseiller demanda au roi d’être patient. Peu de temps après, un flot continu de personnes se présenta, prêtes à ...

Musique céleste

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  Un passage des plus surprenants des suttas se trouve dans le Sakkapanhā Sutta (DN 21). Dans ce texte, un musicien céleste (gandhabba) appelé Pañcasikha s'approche de la grotte où réside le Bouddha. Au son de sa lyre jaune, il « chante des vers louant le Bouddha, le Dhamma, les Arahants et l'amour » . Ces vers sont en réalité assez osés et presque tous consacrés au désir sensuel qu'il éprouve pour sa bien-aimée. Ce n'est certainement pas le genre de chose que l'on pourrait juger comme approprié pour les oreilles du Bouddha. Lorsqu'il utilise des références bouddhistes, elles ne servent qu'à illustrer son amour.  « Aussi délicieuse que la brise pour celui qui transpire. Ou comme une gorgée rafraîchissante pour celui qui a soif,  Ta beauté rayonnante m'est aussi chère Que le Dhamma l'est aux arahants… Mon désir faible au début, Ô jeune fille aux tresses ondulantes,  Croissait rapidement Comme s'accroissent les dons faits aux arahants. » On pourrai...

Réorienter l’esprit

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  Pendant mon adolescence, avant de fermer les yeux pour dormir à la fin d’une journée frustrante, je mettais souvent pour moi-même un court morceau de musique sur mon lecteur de cassettes. La chanson s’intitulait « The Great Gig in the Sky », interprétée par Pink Floyd, mon groupe préféré. Pour moi, elle exprimait de manière profondément satisfaisante la lutte émotionnelle, la catharsis et l’acceptation. Après avoir commencé à méditer, j’ai découvert un juste milieu entre l’indulgence aux émotions et leur répression, qui est devenu de plus en plus naturel. Lorsque je suis devenu moine, renoncer à la musique ne m’a pas semblé difficile. Dans une vie consacrée à l’abandon de toutes les formes de désir, y compris celles de l’excitation, de la distraction, et même de l’apaisement émotionnel, cela paraissait une étape évidente. Il m’arrivait parfois d’entendre de la musique lors de mes tournées d’aumônes ou dans un véhicule, et j’étais surpris de constater à quel point je trouvais cela...

Arc-en-ciel

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Un arc-en-ciel n'est pas « quelque part là-bas ». Il ne peut être observé qu'à condition que le soleil soit assez bas dans un ciel clair, que la personne qui l'observe ait le dos tourné au soleil et qu'elle fasse face à des particules d'eau en suspension dans l'air à un angle de 42° par rapport à ses yeux (ce chiffre est déterminé par la façon dont la lumière se réfracte et se reflète dans l'eau). Un arc-en-ciel est donc un phénomène relationnel. Les motifs lumineux existent, mais l'arc coloré que nous appelons « arc-en-ciel » dépend de la présence d'un observateur humain, à un endroit et à un moment précis de la journée. Chaque personne voit son propre arc-en-ciel, car les gouttelettes qui envoient la lumière à un observateur ne sont pas les mêmes que celles qui envoient la lumière à la personne située à côté de lui. L'arc-en-ciel n'a pas d'existence indépendante, il apparaît et disparaît en fonction des conditions. L'arc-en-ciel peu...

Une question erronée

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  Certaines doctrines religieuses, la plupart des théories du complot et de nombreuses explosions de colère à la maison ou au travail commencent par la question : « À qui la faute ? » Les notions de punition, de vengeance et même de pardon découlent de cette question. De cette question émerge un monde manichéen, noir et blanc, caricatural. Une fausse paix peut être obtenue en disant : « Nous sommes tous fautifs. » Une fausse humilité peut être revendiquée en disant : « Je suis fautif ». Une fausse responsabilité peut être acceptée en endossant la faute. La notion de blâme n'est pas responsable des conflits humains, mais elle y contribue. La sagesse commence par se poser les questions suivantes : « Qu'est-ce qui a contribué ? » « Qu'est-ce qui contribue ? » « Qu'est-ce qui contribuera ? » Ajahn Javasāro 03/02/26

Prendre les choses étape par étape, une respiration à la fois

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S’attarder sur tous les dangers qui menacent l’humanité dans les années à venir peut sembler être un excellent moyen d’induire un stress et une anxiété inutiles dans nos vies. Il vaut certainement mieux essayer de rester dans le moment présent et de prendre les choses étape par étape, une respiration à la fois. Eh bien, oui et non. Cela dépend de la manière dont nous les appréhendons intérieurement. À certaines occasions, le Bouddha encourageait les moines à contempler la fragilité de leur situation favorable actuelle afin de les motiver dans leur pratique. Il disait aux jeunes moines en bonne santé de réfléchir au fait que, lorsqu’ils seraient atteints par la maladie et la vieillesse, il serait plus difficile de faire des efforts dans la solitude. Il soulignait aussi que leur vie deviendrait difficile si les villages voisins étaient touchés par la famine ou des conflits sociaux, ou ce qui se passerait s’il y avait de graves discordes au sein du Sangha. Le Bouddha soulignait également ...

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