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Affichage des articles du 2026

Musique céleste

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  Un passage des plus surprenants des suttas se trouve dans le Sakkapanhā Sutta (DN 21). Dans ce texte, un musicien céleste (gandhabba) appelé Pañcasikha s'approche de la grotte où réside le Bouddha. Au son de sa lyre jaune, il « chante des vers louant le Bouddha, le Dhamma, les Arahants et l'amour » . Ces vers sont en réalité assez osés et presque tous consacrés au désir sensuel qu'il éprouve pour sa bien-aimée. Ce n'est certainement pas le genre de chose que l'on pourrait juger comme approprié pour les oreilles du Bouddha. Lorsqu'il utilise des références bouddhistes, elles ne servent qu'à illustrer son amour.  « Aussi délicieuse que la brise pour celui qui transpire. Ou comme une gorgée rafraîchissante pour celui qui a soif,  Ta beauté rayonnante m'est aussi chère Que le Dhamma l'est aux arahants… Mon désir faible au début, Ô jeune fille aux tresses ondulantes,  Croissait rapidement Comme s'accroissent les dons faits aux arahants. » On pourrai...

Réorienter l’esprit

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  Pendant mon adolescence, avant de fermer les yeux pour dormir à la fin d’une journée frustrante, je mettais souvent pour moi-même un court morceau de musique sur mon lecteur de cassettes. La chanson s’intitulait « The Great Gig in the Sky », interprétée par Pink Floyd, mon groupe préféré. Pour moi, elle exprimait de manière profondément satisfaisante la lutte émotionnelle, la catharsis et l’acceptation. Après avoir commencé à méditer, j’ai découvert un juste milieu entre l’indulgence aux émotions et leur répression, qui est devenu de plus en plus naturel. Lorsque je suis devenu moine, renoncer à la musique ne m’a pas semblé difficile. Dans une vie consacrée à l’abandon de toutes les formes de désir, y compris celles de l’excitation, de la distraction, et même de l’apaisement émotionnel, cela paraissait une étape évidente. Il m’arrivait parfois d’entendre de la musique lors de mes tournées d’aumônes ou dans un véhicule, et j’étais surpris de constater à quel point je trouvais cela...

Arc-en-ciel

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Un arc-en-ciel n'est pas « quelque part là-bas ». Il ne peut être observé qu'à condition que le soleil soit assez bas dans un ciel clair, que la personne qui l'observe ait le dos tourné au soleil et qu'elle fasse face à des particules d'eau en suspension dans l'air à un angle de 42° par rapport à ses yeux (ce chiffre est déterminé par la façon dont la lumière se réfracte et se reflète dans l'eau). Un arc-en-ciel est donc un phénomène relationnel. Les motifs lumineux existent, mais l'arc coloré que nous appelons « arc-en-ciel » dépend de la présence d'un observateur humain, à un endroit et à un moment précis de la journée. Chaque personne voit son propre arc-en-ciel, car les gouttelettes qui envoient la lumière à un observateur ne sont pas les mêmes que celles qui envoient la lumière à la personne située à côté de lui. L'arc-en-ciel n'a pas d'existence indépendante, il apparaît et disparaît en fonction des conditions. L'arc-en-ciel peu...

Une question erronée

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  Certaines doctrines religieuses, la plupart des théories du complot et de nombreuses explosions de colère à la maison ou au travail commencent par la question : « À qui la faute ? » Les notions de punition, de vengeance et même de pardon découlent de cette question. De cette question émerge un monde manichéen, noir et blanc, caricatural. Une fausse paix peut être obtenue en disant : « Nous sommes tous fautifs. » Une fausse humilité peut être revendiquée en disant : « Je suis fautif ». Une fausse responsabilité peut être acceptée en endossant la faute. La notion de blâme n'est pas responsable des conflits humains, mais elle y contribue. La sagesse commence par se poser les questions suivantes : « Qu'est-ce qui a contribué ? » « Qu'est-ce qui contribue ? » « Qu'est-ce qui contribuera ? » Ajahn Javasāro 03/02/26

Prendre les choses étape par étape, une respiration à la fois

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S’attarder sur tous les dangers qui menacent l’humanité dans les années à venir peut sembler être un excellent moyen d’induire un stress et une anxiété inutiles dans nos vies. Il vaut certainement mieux essayer de rester dans le moment présent et de prendre les choses étape par étape, une respiration à la fois. Eh bien, oui et non. Cela dépend de la manière dont nous les appréhendons intérieurement. À certaines occasions, le Bouddha encourageait les moines à contempler la fragilité de leur situation favorable actuelle afin de les motiver dans leur pratique. Il disait aux jeunes moines en bonne santé de réfléchir au fait que, lorsqu’ils seraient atteints par la maladie et la vieillesse, il serait plus difficile de faire des efforts dans la solitude. Il soulignait aussi que leur vie deviendrait difficile si les villages voisins étaient touchés par la famine ou des conflits sociaux, ou ce qui se passerait s’il y avait de graves discordes au sein du Sangha. Le Bouddha soulignait également ...

Une connaissance et une conduite parfaite

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L'une des épithètes du Bouddha est « vijjācarana sampanno », « ayant une connaissance et une conduite parfaite ». La nuit de son Éveil, le Bouddha réalisa les tevijjā, les trois vijjā ou connaissances. Dans la première partie de la nuit, il acquit une connaissance profonde de ses propres vies passées ; dans la deuxième partie, une connaissance profonde du passage vers la mort et de la renaissance des êtres en fonction de leurs actions ; dans la troisième partie, une connaissance profonde de la destruction de toutes les pollutions mentales (āsavā, synonyme de kilesa ou souillure). Bien que seule la dernière de ces trois connaissances ait constitué son éveil, le rôle des deux premières dans la préparation du terrain pour la troisième ne doit pas être sous-estimé. La vijjā du Bouddha, également traduite par sagesse et compréhension, s'accompagne de carana, ou conduite. Sa sagesse guide et informe chacune de ses actions. Ce principe n'est pas réservé au Bouddha, mais est partag...

Les actions comptent plus que les croyances

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Récemment, j'ai passé un peu de temps à discuter avec des écoliers. J’ai observé que les gens peuvent être très intelligents, au point de créer des machines capables d’aller sur Mars, mais aussi très stupides, au point d’avoir des préjugés envers leurs semblables simplement parce que ces derniers ont une couleur de peau différente. Une même personne peut obtenir un doctorat dans une université prestigieuse et être incapable d'appliquer son intelligence aux tâches les plus élémentaires, comme manger, se reposer et faire de l'exercice. Pour aller au-delà de ce mélange habituel d'intelligence et de son contraire, nous avons besoin de l'approche équilibrée de la vie que le Bouddha a enseignée. Ses enseignements révèlent nos souillures et nos angles morts et nous donnent des moyens efficaces pour y remédier. Ils mettent en évidence notre potentiel et nous montrent comment l'atteindre. En pratiquant le Dhamma, nous pouvons harmoniser notre monde intérieur et notre mon...

Un bond dans la conscience

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Supposons que vous ayez pour tâche d’observer un flux de personnes passant par une porte. Tout ce que vous avez à faire, c'est de repérer celles qui sont vêtues de blanc. En gardant cette tâche à l’esprit, d'autres perceptions telles que homme, femme, grand, petit, beau, laid, etc. peuvent apparaître brièvement dans l’esprit, mais seulement à la périphérie de la conscience. En donnant la priorité à un seul facteur, les vêtements blancs, vous reléguez automatiquement tout le reste au second plan. De même, en se concentrant sur un objet tel que la respiration, les méditants relèguent au second plan toutes les autres activités mentales. Les pensées et les souvenirs, quel que soit leur contenu, deviennent simplement « pas la respiration ». Les méditants qui ont du mal à rester concentrés sur la respiration sont facilement découragés. Ce qu'ils oublient souvent, c'est que même si leur esprit est détourné de la respiration vers le désir ou l'aversion, la torpe...

Le respect est un trésor du cœur

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Le Bouddha enseignait que le respect des valeurs, des principes, des vérités ou des personnes dignes de respect est de bon augure et élève l'esprit. Dans le Gārava Sutta (SN 6.2), le Bouddha déclare que le manque de respect est une source de dukkha. Le sentiment de respect est un trésor du cœur que même le Bouddha jugeait utile de cultiver. Peu après son éveil, ne voyant personne qui puisse l'égaler en sīla, samādhi, paññā et vimutti (libération), il n'en conclut pas qu'il n'avait plus besoin de respect. Il décida que l’objet de son respect serait le Dhamma. Le respect signifie “regarder avec estime”, “se tourner vers ce qui est plus élevé”, il encourage l’humilité. En même temps, le respect signifie donner du poids et de l'importance, donner la priorité, donner la préséance. Le Bouddha mentionnait sept objets de respect : le Bouddha, le Dhamma, le Sangha, l’entraînement (sikkhā), le samādhi, la vigilance (appamāda) et l'hospitalité. Le respect p...

Un esprit pavé d’or

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Dans cette vieille histoire, un roi décrète que partout où il marche, le sol doit être pavé d'or. Une crise se profile, car les impôts nécessaires pour financer un tel projet entraîneraient une misère généralisée. Un sage ministre résout le problème en offrant au roi une paire de chaussures aux semelles plaquées d'or. Cette histoire nous enseigne qu'il vaut mieux changer notre attitude envers notre environnement plutôt que d'essayer sans cesse de changer l'environnement lui-même. J'aime cette histoire depuis mon enfance et je la raconte encore aujourd'hui. Mais pour moi, cette histoire ne signifie pas que nous ne devrions pas entretenir nos trottoirs, ni qu'il existe une seule manière de voir le monde qui nous permettrait de rester heureux quoi qu'il arrive. Elle nous encourage plutôt à prendre conscience de ce que nous apportons aux situations, du cadre à travers lequel nous les percevons. Trop souvent, par notre façon de penser, nous re...

Dernier jour de la marche annuelle dans le Maharashtra

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Il est trois heures du matin, c'est le dernier jour de ma marche annuelle dans le Maharashtra. Hier après-midi, nous avons traversé les deux derniers villages. À Warwat, un cortège nous accueillit et mené par un batteur enthousiaste et des filles en formation balançant au-dessus de leurs têtes leurs lezim tintinnabulants, nous conduisit sous une pluie de fleurs jusqu’au petit temple bouddhiste. La route avait été décorée de motifs floraux en poudre et d'un grand « WELCOME » en anglais. Des chaises avaient été préparées dans la cour du temple pour le Sangha. On nous a servi un thé noir très sucré. Les bouddhistes locaux se sont assis devant nous sur le sol – les femmes dans leurs plus beaux saris blancs. Un groupe qui avait marché derrière nous depuis le village précédent les a rejoints, impatient d'entendre davantage d'enseignements du Dhamma. Plusieurs personnes avaient préparé des plateaux de bananes et de pommes à offrir. Les cinq préceptes ont été demand...

Les clés de la libération

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Nés dans ce monde humain, nous possédons les matières premières nécessaires à la libération. Le Dhamma nous apporte la connaissance et les outils nécessaires. Sept pouvoirs nous viennent en aide : la confiance, l'énergie, une honte intelligente, une peur intelligente des conséquences, la pleine conscience, le samādhi et la sagesse. Une chose conduit à la distinction : l'attention sage. Une chose doit être réalisée : la délivrance inébranlable. Neuf façons de surmonter la malveillance : lorsque surgissent des pensées telles que « ils m'ont fait du mal », « ils me font du mal » ou « ils me feront du mal » ; ou des pensées telles que « ils ont fait, font ou feront du mal à quelqu'un qui m'est cher et agréable » ; ou des pensées telles que « ils ont fait, accordent ou accorderont une faveur à quelqu'un que je déteste et qui me déplaît ». Dans chaque cas, posez-vous la question : « À quoi bon nourrir de la malveillance ? » Cinq perceptions font mûrir la l...

Prenez soin de vos préceptes

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  Je traverse actuellement la campagne du Maharashtra dans le centre de l'Inde avec un groupe de sept moines, quatre anagarikas et un nombre fluctuant de bouddhistes locaux. Grâce à un excellent traducteur, je peux donner des enseignements aux communautés bouddhistes des villages que nous traversons. Ils sont heureux de nous voir. Bien qu'il y ait plus de dix millions de bouddhistes dans cet État, peu d'entre eux, en particulier dans les zones rurales, ont la chance de voir le Sangha et d'écouter le Dhamma. Hier en marchant vers le sud depuis Nagpur, j'ai donné trois enseignements complets, trois exhortations au bord de la route, et j'ai raconté une histoire sur l'honnêteté et le courage à un groupe d'élèves et à leurs enseignants dans une cour d'école poussiéreuse. Ce fut une bonne journée. Voici quelques réflexions sur le sīla que je répète : Prenez soin de vos préceptes et vos préceptes prendront soin de vous.  En respectant les préceptes, vous of...

Tout a de l’importance

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  Tout compte. Rien n'est jamais perdu. Prenez soin des choses petites ou insignifiantes, car, en fin de compte, rien n'est petit, ni insignifiant. Si une seule chose a de l'importance, alors tout a de l'importance. Le Dhammapada l'exprime ainsi : « Ne prends pas la création de mauvais kamma à la légère en te disant que « cela n'aura aucun effet ». Tout comme une jarre se remplit goutte à goutte, de même, un inconscient fait le plein de mauvais kamma en l’accumulant petit à petit. Ne prends pas la création de bon kamma à la légère en te disant que : « cela n'aura aucun effet ». Tout comme une jarre se remplit goutte à goutte, de même, le sage se remplit de bon kamma en l’accumulant petit à petit. » (Versets 121-122) Ajahn Jayasāro 30/12/25

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