Grand honneur et grande simplicité

 


Il y a cinquante ans, Ajahn Chah reçut le titre royal de Phra Bodhinyana Thera lors d'une cérémonie organisée au palais. Le roi Bhumibol Adulyadej lui présenta un certificat, un éventail de cérémonie et un ensemble de robes. À son retour à Ubon, une foule nombreuse accueillit Ajahn Chah à la gare, et la voiture qui le conduisait à son monastère ouvrait un long cortège de véhicules de toutes sortes. Ce fut un moment de grande joie.

Mais tout le monde n'était pas heureux. Ajahn Chah fut l'un des premiers moines de la forêt à recevoir un tel honneur, et certains de ses disciples estimaient que les moines de la tradition ascétique de la forêt devaient se tenir à l'écart de ce genre de choses. Ils ne savaient toutefois pas expliquer exactement comment s'y prendre. 

Bien des années plus tard, on peut mieux discerner les répercussions de l'élévation d'Ajahn Chah. Pour de nombreux moines des villes, cela a constitué une légitimation des moines de la forêt. La méfiance et l'antipathie de certains membres de l'élite urbaine du Sangha ont ainsi commencé à s'estomper. Les accusations selon lesquelles Ajahn Chah serait un renégat, voire un communiste, se sont peu à peu éteintes. On pourrait affirmer que le respect mutuel qui règne aujourd'hui entre les deux branches de l'ordre monastique à Ubon découle en grande partie de cet événement.

On demanda à Ajahn Chah ce qu’il pensait d’avoir reçu un honneur aussi prestigieux. Il répondit que les eaux de la rivière Moon, qui traversait Ubon, montaient et descendaient au gré des saisons. Mais quel que soit le niveau de l'eau, le pont qui enjambait la rivière restait inchangé.

A.J
05/09/26






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